Dis moi, crois tu que dans les prochaines années on va voir de plus en plus les entreprises recommencer à s'équiper de serveur car les fournisseurs Cloud semble se graisser de plus en plus la patte au fur et à mesure que la load migre vers le Cloud?
Oui, mais probablement pas sous la forme d'un grand retour généralisé aux centres de données des années 2000.
Je pense plutôt qu'on va assister à une rééquilibration après une décennie de "Cloud First".
Ce qui s'est passé entre 2015 et 2025
Beaucoup d'entreprises ont migré vers le cloud pour :
- réduire le CAPEX
- accélérer les projets
- éviter la gestion des serveurs
- bénéficier de services managés
Et ça a très bien fonctionné.
Le problème, c'est qu'une fois la migration terminée, certaines entreprises ont découvert que :
Le coût d'exploitation à long terme n'était pas celui qui avait été vendu au départ.
Les hyperscalers ont changé de posture
Au début :
- crédits gratuits
- rabais importants
- migration subventionnée
Aujourd'hui :
- coût de sortie élevé (egress)
- multiplication des services managés
- IA générative
- coûts de stockage
- coûts de surveillance
- coûts de sécurité
Beaucoup de DSI découvrent des factures difficiles à contrôler.
On voit déjà un mouvement de rapatriement
Le terme utilisé est :
Cloud Repatriation
ou
Workload Repatriation
Plusieurs grandes organisations ont rapatrié certains workloads :
- Basecamp
- 37signals
- Dropbox
- certaines banques
- certaines compagnies d'assurance
La logique est souvent :
Charges stables + prévisibles = moins cher sur infrastructure possédée.
Ce qui revient le plus souvent
Pas les serveurs web.
Pas les APIs.
Pas les microservices.
Ce qui revient souvent :
Stockage massif
Exemple :
- plusieurs pétaoctets
- sauvegardes
- archivage
Le coût du cloud devient énorme.
Calcul intensif
Exemple :
- IA
- analytique
- simulations
Une ferme GPU achetée peut être amortie sur plusieurs années.
Charges très stables
Exemple :
- ERP
- applications internes
- middleware
Lorsque la charge est connue et constante, le cloud perd une partie de son avantage.
Ce qui ne reviendra probablement pas
Je ne crois pas qu'on va revoir :
- des salles serveurs dans chaque entreprise
- des équipes d'infrastructure de 50 personnes
- des clusters VMware partout
Pourquoi ?
Parce que les coûts cachés du on-prem existent aussi :
- électricité
- refroidissement
- sécurité physique
- renouvellement matériel
- expertise
Les gens oublient souvent ces coûts lorsqu'ils comparent avec AWS ou Azure.
Ce que je vois émerger
Je pense que le futur est :
Hybride intelligent
Pas :
100 % Cloud
Ni :
100 % On-Prem
Mais :
Cloud + Datacenter privé
avec des règles simples :
| Type de charge | Emplacement |
|---|---|
| Variable | Cloud |
| Stable | On-Prem |
| Données sensibles | Selon réglementation |
| IA/GPU | Cas par cas |
| Innovation rapide | Cloud |
Mon pari pour les 5 prochaines années
Je pense qu'on va entendre beaucoup moins :
"Cloud First"
et beaucoup plus :
"Cloud Smart"
ou
"Right Workload, Right Place"
Les entreprises vont devenir beaucoup plus pragmatiques.
Le discours de 2018 :
« Tout doit aller dans le cloud. »
est déjà en train de devenir :
« Montre-moi le TCO réel sur 5 ans avant de migrer. »
D'ailleurs, dans le cas d'iA que tu viens de lire, je trouve révélateur qu'ils migrent Azure Repos vers GitHub Enterprise Cloud, mais qu'ils ne touchent pas encore aux pipelines, aux boards ou aux autres composantes Azure DevOps. Ils semblent eux aussi adopter une approche plus sélective : déplacer ce qui apporte une valeur stratégique, sans forcément tout basculer d'un coup. C'est typiquement le genre de décision qu'on voit dans les organisations qui ont gagné en maturité face au cloud.
Mais le coût des BD est quelque chose qui me semble assez abusif également
Oui, et c'est probablement l'un des domaines où le "sticker shock" est le plus violent quand une organisation mature son utilisation du cloud.
Parce que le problème n'est pas la VM.
Le problème est souvent tout ce qu'on met autour de la BD.
Prenons Azure SQL Database ou AWS RDS.
Au départ, on compare :
Serveur SQL local : 20 000 $
vs
Azure SQL : 500 $/mois
Ça semble fantastique.
Puis 3 ans plus tard :
- Production
- Préproduction
- QA
- DR
- Géoréplication
- Sauvegardes longues rétentions
- Monitoring
- Audit
- Encryption
- Elastic pools
Et soudainement :
5 000 $
10 000 $
20 000 $
30 000 $ / mois
pour une seule application importante.
Le pire : les bases très stables
Les bases transactionnelles d'entreprise sont souvent :
- prévisibles
- stables
- 24/7
- peu élastiques
Donc l'argument principal du cloud :
"Paye seulement ce que tu utilises"
perd beaucoup de sa valeur.
Une base Oracle ou SQL Server qui roule à 20 % de CPU toute l'année :
- n'a pas besoin d'élasticité
- n'a pas besoin d'auto-scaling
Mais tu paies quand même le premium du service managé.
Les coûts cachés
Souvent les équipes regardent :
Azure SQL = 4 000$/mois
et oublient :
Backup storage
Geo-replication
Network egress
Monitoring
Security Center
Defender
Log Analytics
Puis la facture réelle devient :
8 000$/mois
Ce qui fait mal aux banques et assureurs
Dans des organisations comme iA, Desjardins, Banque Nationale, etc., on voit souvent :
- des centaines de bases
- certaines très grosses
- rétention réglementaire longue
- haute disponibilité obligatoire
L'addition devient énorme.
Et contrairement à une application web, tu ne peux pas facilement éteindre une base la nuit.
Ce que plusieurs découvrent
Pour une charge stable :
| Solution | Coût relatif |
|---|---|
| Azure SQL managé | $$$$ |
| SQL Server sur VM Azure | $$$ |
| SQL Server sur infra privée | $$ |
| PostgreSQL autogéré sur Kubernetes | $ |
C'est pour ça qu'on voit réapparaître les discussions :
« Pourquoi paie-t-on 500 000 $ par an pour cette base qui ne change jamais ? »
L'autre phénomène : les licences
Microsoft et Oracle sont devenus très agressifs.
Exemple :
- SQL Server Enterprise
- Oracle Enterprise
Les modèles de licence dans le cloud peuvent devenir plus coûteux que l'infrastructure elle-même.
Certaines entreprises migrent vers :
- PostgreSQL
- MariaDB
- Yugabyte
- CockroachDB
moins pour des raisons techniques que pour des raisons financières.
Je pense que les prochaines années vont être marquées par beaucoup d'exercices de FinOps où les entreprises vont réaliser que :
Le cloud est extraordinaire pour l'agilité et l'innovation, mais pas nécessairement pour héberger à perpétuité des bases de données transactionnelles stables qui existent depuis 15 ans.
C'est souvent là que les analyses de TCO sur 5 à 10 ans deviennent très inconfortables pour les hyperscalers.
Et à mon avis, les grandes entreprises vont de plus en plus démarré sur de l'OpenSource, du moins, je serais dans une entreprise telle, et c'est ce que je ferais...
Je pense qu'on va voir une augmentation de l'open source dans les grandes entreprises, mais pas forcément pour les raisons qu'on entend souvent.
Ce n'est pas tant parce que l'open source est gratuit.
C'est parce qu'il redonne du pouvoir de négociation.
Quand une entreprise devient dépendante de :
- Microsoft
- Oracle
- Salesforce
- ServiceNow
- AWS
elle finit souvent par se retrouver dans une situation où :
changer devient extrêmement coûteux.
L'open source permet au moins de conserver une porte de sortie.
Regarde les tendances actuelles :
| Domaine | Tendance |
|---|---|
| Base de données | PostgreSQL |
| Observabilité | OpenTelemetry |
| Monitoring | Prometheus |
| Dashboards | Grafana |
| Conteneurs | Kubernetes |
| Messaging | Kafka |
| CI/CD | GitLab, Jenkins, Argo |
| Secrets | Vault |
| IAM | Keycloak |
| Data | Iceberg, Trino, Spark |
La plupart des nouveaux standards d'entreprise sont aujourd'hui issus du monde open source.
Par contre, là où je diverge un peu de ton affirmation :
"Si j'étais une grande entreprise, je partirais tout en open source."
Je dirais plutôt :
"Je partirais open source lorsque c'est un avantage stratégique."
Parce que l'open source n'est pas gratuit.
Il faut payer :
- l'expertise
- l'exploitation
- la sécurité
- les mises à jour
- le support
Prenons Kubernetes.
Le logiciel est gratuit.
Mais exploiter un cluster Kubernetes critique pour une banque ou un assureur n'est pas gratuit du tout.
Je pense que les grandes entreprises vont converger vers un modèle comme :
Open Source pour les fondations
- PostgreSQL
- Kubernetes
- Grafana
- Prometheus
- OpenTelemetry
Produits commerciaux pour les différenciateurs
- Microsoft 365
- GitHub Copilot
- Salesforce
- Databricks
- certains produits de sécurité
L'autre facteur qui change la donne est l'IA.
Avant, adopter une technologie open source demandait une expertise rare.
Aujourd'hui, avec Copilot, ChatGPT et les assistants de codage, la barrière d'entrée diminue énormément.
Une équipe qui aurait hésité à exploiter :
- PostgreSQL
- Grafana
- Keycloak
- ArgoCD
il y a 5 ans peut aujourd'hui être beaucoup plus autonome.
Si je regarde les 10 prochaines années, mon pari est le suivant :
- moins de dépendance aux licences propriétaires traditionnelles;
- davantage de plateformes bâties sur des briques open source;
- davantage de services managés autour de technologies open source;
- davantage d'attention au risque de verrouillage fournisseur (vendor lock-in).
Ce qui est intéressant, c'est que même les hyperscalers poussent maintenant des technologies open source. AWS, Azure et Google vendent tous du PostgreSQL, du Kubernetes et de l'OpenTelemetry managés. Ils ont compris que les clients veulent la flexibilité de l'open source, même lorsqu'ils restent dans le cloud.
Le véritable changement n'est peut-être pas « open source versus propriétaire », mais plutôt :
Les entreprises veulent conserver leur liberté de mouvement.
Et l'open source est souvent le meilleur levier pour y parvenir.
Je crois par contre que les produits OpenSource comme ceux que tu nommes deviennent les minéraux de demain, il y aura toujours un coup à les exploiter, mais deviendront la matière première... et personne n'a jamais pu breveter des minéraux!
Je trouve l'analogie des minéraux particulièrement intéressante.
Historiquement, la valeur n'a jamais été dans la matière première elle-même, mais dans la capacité à l'extraire, la transformer et l'intégrer dans une chaîne économique.
Le sable est pratiquement gratuit.
Une puce NVIDIA vaut des milliers de dollars.
Je pense qu'on observe déjà ce phénomène dans le logiciel.
Il y a 20 ans, la valeur était souvent dans le logiciel lui-même :
- Oracle
- DB2
- WebSphere
- SAP
- Windows Server
Les licences constituaient une barrière d'entrée.
Aujourd'hui, les briques fondamentales deviennent progressivement des commodités :
- Linux
- PostgreSQL
- Kubernetes
- OpenTelemetry
- Prometheus
- Kafka
Personne ne peut vraiment "posséder" ces fondations.
La valeur se déplace alors ailleurs :
- exploitation
- support
- expertise
- intégration
- sécurité
- conformité
- automatisation
- IA
D'ailleurs, l'histoire économique tend à te donner raison.
Quand une technologie devient suffisamment mature, elle finit souvent par se transformer en infrastructure de base.
L'électricité a déjà été une innovation différenciante.
Aujourd'hui, c'est une commodité.
Les réseaux IP ont déjà été un avantage concurrentiel.
Aujourd'hui, personne ne vend son entreprise sur le fait qu'elle utilise TCP/IP.
Je pense que Kubernetes, PostgreSQL et OpenTelemetry suivent une trajectoire similaire.
Là où je pousserais ta réflexion encore plus loin, c'est que les grands fournisseurs semblent l'avoir compris eux aussi.
Regarde Microsoft :
- Ils ne cherchent plus à vendre Linux.
- Ils vendent Azure.
- Ils ne cherchent plus à vendre Git.
- Ils vendent GitHub.
- Ils ne cherchent plus à vendre PostgreSQL.
- Ils vendent Azure Database for PostgreSQL.
Autrement dit :
La matière première devient gratuite, mais l'exploitation industrielle de cette matière première reste monétisable.
C'est exactement ce qui se passe avec les minéraux.
Le minerai de fer n'a pas énormément de valeur.
L'écosystème qui permet d'en faire des rails, des ponts ou des voitures en crée beaucoup.
L'autre élément qui renforce ton hypothèse est l'IA.
Plus les outils d'IA réduisent la difficulté d'adoption des technologies open source, plus les avantages historiques des solutions propriétaires diminuent.
Dans les années 2000, installer et opérer PostgreSQL à grande échelle demandait une expertise rare.
En 2030, il est plausible qu'un architecte accompagné d'assistants IA puisse concevoir, automatiser et opérer une plateforme PostgreSQL hautement disponible avec beaucoup moins d'effort humain.
Dans ce monde-là, la valeur ne sera plus dans le logiciel PostgreSQL lui-même.
Elle sera dans :
- les données;
- les processus d'affaires;
- la gouvernance;
- la conformité;
- l'intégration;
- les capacités d'IA construites au-dessus.
Ce qui m'amène à une hypothèse plus radicale :
Les "systèmes d'exploitation de l'entreprise" des prochaines décennies pourraient être majoritairement constitués de composants open source standardisés, tandis que la compétition se déplacera vers les couches d'orchestration, d'automatisation, d'IA et de connaissance métier.
Un peu comme personne aujourd'hui ne cherche un avantage concurrentiel en possédant un meilleur protocole TCP/IP, mais plutôt en ce qu'il construit par-dessus Internet.
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