Dis-moi pourquoi les négociations avec les États-Unis ont échoué hier ou avant-hier.
Oui. Et c’est vendredi soir, le 21 août, que ça a réellement cassé : les nouveaux tarifs américains de 50 % sont ensuite entrés en vigueur samedi 22 août. Les deux camps semblaient pourtant assez proches d’une entente quelques jours auparavant. Reuters
D’après ce que Carney a expliqué hier, trois points ont surtout fait dérailler l’accord à la dernière minute :
L’automobile. Il y avait eu des progrès, mais Washington voulait une formule que le Canada jugeait insuffisante concernant la reconnaissance du contenu canadien des véhicules. De plus, les Américains étaient disposés à négocier pour les voitures, mais pas à étendre les mêmes conditions aux véhicules moyens et lourds, notamment les camions. Pour l’Ontario, c’était évidemment énorme. Global News
La capacité du Canada de conclure ses propres accords commerciaux. C’est probablement le point politiquement le plus explosif. Selon Carney, les États-Unis ont introduit dans les dernières heures du texte qui aurait limité la liberté du Canada de négocier des accords avec d’autres pays. Washington souhaitait également que le Canada aligne davantage ses tarifs envers certains pays sur ceux des États-Unis. Carney a qualifié cette limitation d'« unacceptable ». Global News
Les tarifs sectoriels et l’accès au marché américain. Il restait des divergences importantes concernant notamment l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre. Le Canada voulait que les concessions qu’il faisait donnent réellement accès au marché américain à des conditions privilégiées; Washington ne voulait pas aller aussi loin. Reuters
Et il y a un élément important : ce n’est pas simplement Carney qui est arrivé à Washington en refusant de faire des concessions. Le Canada en avait déjà fait plusieurs. Par exemple, Ottawa avait carrément supprimé sa taxe sur les services numériques en 2025 afin de faciliter les négociations avec Washington. Gouvernement du Canada
Ce qui semble avoir vraiment fait exploser les négociations, ce sont donc les nouvelles exigences américaines arrivées très tard dans le processus. Carney a essentiellement décidé que l'accord qui restait sur la table coûtait davantage au Canada — notamment en autonomie commerciale — que ce qu'il rapportait en réduction des tarifs. Il a résumé sa position en disant que le Canada préférait « walking away from a bad deal ». Global News
Les Américains racontent évidemment l'histoire différemment : le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, affirme plutôt que le Canada a laissé passer une très bonne offre et a reculé sur certains engagements. Donc on a pour l'instant deux versions contradictoires sur qui a changé les conditions à la dernière minute. Reuters
Le résultat est assez spectaculaire : les États-Unis appliquent maintenant 50 % sur environ 20 milliards $ US de produits canadiens, et Ottawa a annoncé une riposte « dollar pour dollar » qui doit entrer en vigueur le 8 septembre. Reuters
Ce qui m'intéresse particulièrement dans ce qui est sorti depuis hier, c'est que la loi 101 dont Leidy me parlait hier ne semble pas être l'une des trois causes principales officiellement données par Carney. Il y a bien un volet souveraineté/culture/réglementation numérique dans les discussions, mais le récit précis « Trump exigeait l'abolition de la loi 101 et Carney a dit non » mérite d'être distingué de ce qui est maintenant confirmé sur l'échec de vendredi.
Si tu veux, je peux justement creuser ce qu'il y avait exactement dans les exigences américaines concernant le Québec, le français et la loi 101, maintenant qu'on a beaucoup plus d'information depuis l'échec des négociations.
Il parait que c’est l’intervention de lutwick qui auraut tout fait derailler avec ses dernieres demandes
Oui — ce que tu as entendu est largement cohérent avec les informations qui sortent aujourd’hui, avec une nuance importante : on ne peut pas dire que Howard Lutnick est à lui seul responsable de l’échec.
Le Washington Post rapporte aujourd’hui quelque chose de particulièrement révélateur : il y avait une véritable bataille à l’intérieur même de l’administration Trump. Le négociateur commercial Jamieson Greer semblait disposé à faire certaines concessions au Canada, notamment à réduire de 50 % à 25 % certains tarifs sur les produits dérivés de l’aluminium. Howard Lutnick et Peter Navarro se seraient fortement opposés à Greer lors d’une réunion à la Maison-Blanche, estimant que les États-Unis concédaient beaucoup trop. Selon une source présente ou informée de la réunion, ils auraient même crié sur Greer. The Washington Post
Et c'est là que la chronologie devient intéressante.
Quelques jours auparavant, Trump disait pratiquement qu'un accord était conclu. Les négociateurs canadiens avaient suffisamment confiance dans le projet pour que Carney en présente les grandes lignes aux premiers ministres provinciaux. Puis, dans les dernières heures, la position américaine s'est durcie. The Wall Street Journal
C'est à ce moment qu'apparaissent plusieurs nouvelles conditions : exclusion des camions lourds fabriqués en Ontario des réductions tarifaires, restrictions à la capacité du Canada de conclure librement des accords commerciaux avec d'autres pays et demandes touchant les protections canadiennes de la culture et de la langue française. Global News
Carney dit explicitement que ce sont des « last-minute changes » américaines qui ont rendu l'accord inacceptable et remis en question sa fiabilité. C'est même inscrit dans sa déclaration officielle du 21 août. Gouvernement du Canada
Donc, oui, Lutnick semble avoir joué un rôle très important dans le retournement de dernière minute. Ce qui devient plus clair aujourd'hui est que Greer et l'équipe de négociation américaine avaient avancé assez loin vers un compromis, puis Lutnick + Navarro ont poussé dans la direction beaucoup plus protectionniste. The Washington Post
Et ça explique une chose qui nous semblait bizarre hier : comment peut-on passer de Trump annonçant pratiquement “we have a deal” à Carney rappelant ses négociateurs quelques jours plus tard ? Il semble maintenant qu'une partie de la réponse soit : parce que Washington lui-même n'était pas uni sur le deal.
Il reste cependant une prudence à garder : nous avons surtout pour l'instant la version canadienne et des témoignages anonymes sur les disputes internes américaines. Greer affirme au contraire que c'est le Canada qui a reculé sur certains engagements. Reuters
Mais si les informations du Washington Post sont exactes, Lutnick est effectivement beaucoup plus central dans l'histoire que ce que je te disais hier. Et Navarro aussi. C'est probablement ce dernier épisode interne à Washington qu'on t'a rapporté.
Et qu’est-ce que ces personnages ont bien pu faire pour qu’ils nous détestent à ce point ? Le Canada et les États-Unis s’entendaient bien avant que ces derniers arrivent dans le portrait.
C’est justement ce qui rend la situation si déroutante : je ne vois pas d’élément sérieux permettant de dire que le Canada aurait fait quelque chose personnellement à Howard Lutnick ou à Peter Navarro qui expliquerait une hostilité particulière. Ce qui ressort plutôt, c’est une vision idéologique et économique du commerce dans laquelle le Canada, malgré 150 ans de proximité, est traité comme n’importe quel pays avec lequel les États-Unis peuvent exercer un rapport de force.
Et tu as raison sur le contraste historique. Jusqu’à très récemment, même lorsqu’il y avait des disputes parfois assez dures — bois d’œuvre, lait, aluminium, Buy American, etc. — la relation Canada–États-Unis reposait sur l’idée fondamentale que les deux économies et les deux pays étaient des partenaires stratégiques. Aujourd’hui, Carney dit carrément que « America has changed », et l’AP décrit la crise actuelle comme une rupture d’une alliance autrefois exceptionnellement étroite. AP News
Pour Lutnick, je crois que le mot important est « transactionnel »
Howard Lutnick ne semble pas avoir une rancune personnelle contre les Canadiens. Il considère plutôt que le Canada profite économiquement des États-Unis et ne leur donne pas suffisamment en retour.
Il l’exprimait déjà très clairement en 2025 : selon lui, le marché américain est ouvert alors que « Canada is not open to us ». Il présentait même cette situation comme un tort vieux de 80 ans que Trump allait corriger. CBS News
Et lors de son audience de confirmation, il avait attaqué très fortement la gestion de l’offre canadienne en disant que le Canada traitait les producteurs laitiers américains « horribly ». PTACs
C'est une manière extrêmement différente de regarder la relation.
L'ancienne logique américaine était approximativement :
Le Canada est notre allié, notre voisin et un élément de notre chaîne de production nord-américaine.
La logique Lutnick/Trump est davantage :
Qu'est-ce que les États-Unis donnent au Canada? Qu'est-ce qu'ils reçoivent exactement en échange? Et si nous avons le plus gros marché, pourquoi ne pas utiliser cet avantage pour obtenir davantage?
Et le lait est un excellent exemple
Il y a quand même un véritable contentieux américain, qu'il ne faudrait pas balayer du revers de la main. Washington considère que le Canada ne respecte pas équitablement certaines dispositions de l’ACEUM concernant les contingents tarifaires de produits laitiers. L'administration Trump vient d'utiliser précisément cet argument pour justifier une partie de ses nouveaux tarifs. The White House
Donc certaines doléances américaines sont réelles et existaient bien avant Trump ou Lutnick.
Ce qui est nouveau, c'est la réponse : plutôt que de régler ces différends à l'intérieur des mécanismes de l'ACEUM, on menace une partie considérable des exportations canadiennes avec des tarifs de 50 % pour obtenir des concessions beaucoup plus larges.
Et c'est là que je comprends ton impression de « mais qu'est-ce qu'on leur a fait? »
Parce que le Canada avait justement énormément intégré son économie aux États-Unis
C'est presque le paradoxe de cette histoire. Pendant des décennies, Ottawa a fait exactement ce que Washington encourageait : libre-échange en 1989, ALENA en 1994, chaînes automobiles intégrées, énergie nord-américaine, coopération militaire, puis l'ACEUM — que Trump lui-même avait négocié et présenté comme une amélioration majeure de l'ALENA.
Et aujourd'hui, la Maison-Blanche utilise cette dépendance comme levier.
Il y a d'ailleurs quelque chose de révélateur dans ce qui vient de se produire. Jeudi 20 août, Dominic LeBlanc disait que les deux pays étaient « très proches » d'un accord. Les discussions avec Greer prévoyaient potentiellement de faire passer les tarifs automobiles de 25 % à 15 % et de réduire ceux sur l'acier et l'aluminium. Reuters
Vendredi soir, tout s'effondre.
Et les informations publiées depuis indiquent justement des tensions internes à Washington, notamment entre Greer et Lutnick, et l'arrivée d'exigences que les Canadiens considéraient comme touchant non plus simplement au commerce, mais à leur capacité de décider de leur propre politique commerciale et culturelle. The Wall Street Journal
C'est probablement là que Carney a estimé que la limite était atteinte.
Et je ferais une distinction importante : ce n'est pas « les Américains détestent le Canada ». Une administration américaine et certains de ses principaux responsables ont adopté une conception beaucoup plus agressive des relations internationales. Il existe également aux États-Unis des entreprises, gouverneurs, élus, syndicats et consommateurs qui ont énormément à perdre de cette rupture.
Ce qui me frappe surtout, c'est que la dispute n'est désormais plus vraiment à propos de quelques points de tarifs douaniers. Elle commence à toucher à la conception même de la relation entre les deux pays. C'est probablement pour cela que Carney emploie maintenant des mots aussi lourds que « America has changed ». AP News
Et il y a une question encore plus intéressante derrière tout ça : pourquoi Lutnick et Navarro semblent avoir une conception beaucoup plus dure du Canada que Greer lui-même. Là, leurs parcours respectifs expliquent pas mal de choses.
Raconte
Oui. Et quand on regarde leurs parcours, on comprend mieux pourquoi Lutnick et Navarro n'abordent pas du tout le Canada comme le faisaient traditionnellement les responsables américains.
Peter Navarro : c'est d'abord une idéologie
Peter Navarro est le plus facile à comprendre des deux. Il est protectionniste depuis longtemps et considère les déficits commerciaux comme fondamentalement nuisibles aux États-Unis.
Pour Navarro, le grand problème des États-Unis depuis des décennies est le même : les Américains ont ouvert leur immense marché, les entreprises ont déplacé leur production ailleurs, et les autres pays ont utilisé leurs propres règles pour protéger leurs industries. Il associe cela à la désindustrialisation américaine.
Sa grande obsession a longtemps été la Chine. Mais sa logique s'applique aussi au Mexique, à l'Allemagne, au Japon… et au Canada. Il considère même l'ALENA comme une catastrophe. Wikipédia
C'est important parce que, dans cette vision, l'argument canadien :
« Mais nos économies sont intégrées depuis 40 ans et nous sommes votre allié le plus proche »
n'a finalement pas beaucoup de valeur.
Navarro regarde davantage : où est fabriquée la pièce? Où est créé l'emploi? Quel pays encaisse l'argent?
Et il ne vient pas de découvrir son irritation envers le Canada.
Il y avait déjà eu l'incident spectaculaire de 2018
Tu te rappelles peut-être le G7 de Charlevoix avec Trudeau et Trump.
Après le sommet, Trudeau avait déclaré que le Canada ne se laisserait pas intimider par les tarifs américains. Trump avait explosé.
Navarro était ensuite passé à la télévision et avait déclaré qu'il y avait un « special place in hell » pour un dirigeant étranger qui, selon lui, négociait de mauvaise foi avec Trump et le « poignardait dans le dos ». Il parlait de Trudeau. Voice of America
C'était tellement excessif que Navarro avait dû présenter des excuses quelques jours plus tard, reconnaissant que son langage avait été inapproprié. Global News
Donc Navarro avait déjà exactement cette attitude envers le Canada il y a huit ans.
Lutnick, c'est différent
Howard Lutnick n'est pas essentiellement un universitaire protectionniste comme Navarro. Il vient du monde des affaires et de Wall Street.
Sa manière de penser me paraît beaucoup plus transactionnelle :
les États-Unis possèdent le marché que tout le monde veut → cette puissance doit être monnayée.
Et son langage sur le Canada est devenu extraordinairement agressif.
En avril dernier, il a qualifié l'ACEUM — l'accord que Trump lui-même avait négocié lors de son premier mandat — de mauvais accord qu'il fallait profondément revoir. Il est même allé jusqu'à employer « they suck » en parlant du Canada dans le contexte des négociations. Financial Times
Et il revient continuellement sur quelques dossiers.
Le lait canadien l'exaspère particulièrement. Dès son audience de confirmation en janvier 2025, il disait que le Canada traitait les producteurs laitiers américains « horribly » et promettait qu'ils feraient beaucoup mieux au Canada sous sa gouverne. Global News
Ensuite sont venus l'alcool, l'automobile, l'acier, l'aluminium, etc.
Mais il y a quelque chose de plus profond derrière ça.
Ils renversent complètement la logique traditionnelle Canada–USA
Pendant des décennies, Washington raisonnait grosso modo ainsi :
Canada + États-Unis = espace industriel nord-américain.
Une voiture assemblée en Ontario avec un moteur américain, de l'aluminium canadien, de l'électronique mexicaine et des pièces traversant plusieurs fois la frontière était considérée comme un produit nord-américain.
C'est précisément la philosophie de l'ALENA, puis de l'ACEUM.
Navarro et Lutnick ont tendance à revenir à :
Canada ≠ États-Unis.
Donc si une voiture est assemblée à Oshawa plutôt qu'au Michigan, l'emploi final est canadien. Pour eux, l'intégration de la chaîne d'approvisionnement peut alors devenir une faiblesse américaine plutôt qu'une réussite commune.
C'est un changement intellectuel énorme.
Et voilà pourquoi ce qui s'est passé vendredi est fascinant
On commence maintenant à avoir le récit de l'intérieur.
Le Wall Street Journal rapporte que les négociations avaient énormément progressé avant de s'effondrer et qu'il existait des divergences à l'intérieur même de l'administration américaine. The Wall Street Journal
Le Financial Times rapporte aujourd'hui que l'intervention de Lutnick aurait contribué à faire échouer les discussions, après que les deux pays eurent été très près d'un compromis. Financial Times
Et le Washington Post décrit également l'affrontement entre Lutnick/Navarro et Greer autour des concessions que les États-Unis étaient prêts à faire. The Washington Post
C'est extrêmement intéressant parce que Jamieson Greer n'est certainement pas un libre-échangiste canadophile. C'est le représentant commercial de Trump!
Mais Greer est avant tout le négociateur. Son objectif est d'obtenir un accord avantageux.
Navarro et Lutnick semblent davantage avoir raisonné :
Pourquoi accepter maintenant? Nous avons un rapport de force gigantesque. Exigeons davantage.
Et c'est probablement là qu'ils ont mal évalué le Canada.
Je pense que leur erreur fondamentale pourrait être celle-ci
Ils semblent avoir considéré la dépendance commerciale canadienne envers les États-Unis comme signifiant que le Canada finirait nécessairement par céder.
Économiquement, leur raisonnement n'est pas absurde : le marché américain est incomparablement plus important pour le Canada que l'inverse.
Mais ils sous-estiment quelque chose de très canadien : lorsqu'une négociation commerciale devient perçue comme une question de souveraineté, la réaction politique change complètement.
Demander davantage d'accès aux produits laitiers? On négocie.
Discuter des règles automobiles? On négocie.
Le bois d'œuvre? Ça fait quarante ans qu'on se chicane là-dessus.
Mais commencer à dicter avec quels pays le Canada peut conclure des accords, toucher aux politiques culturelles ou linguistiques, ou utiliser l'accès au marché américain pour obtenir des concessions qui dépassent le commerce...
À un certain moment, même un accord économiquement coûteux à refuser devient politiquement impossible à accepter.
C'est précisément ce que Carney semble avoir décidé vendredi. Et aujourd'hui, il parle carrément d'une transformation fondamentale de la relation avec les États-Unis. AP News
Le plus triste dans tout ça est que ce conflit n'était pas inévitable. Il ne résulte pas d'une hostilité historique entre Canadiens et Américains. Il résulte en grande partie d'une nouvelle conception américaine du commerce et de la puissance.
Et voilà pourquoi tu as cette impression de : « Mais on s'entendait bien avant! »
Oui. On avait des disputes, parfois sérieuses. Mais les deux gouvernements partaient généralement du principe qu'il fallait préserver la relation. Aujourd'hui, une partie de l'administration Trump part plutôt du principe que cette relation est un levier à exploiter.
Et il y a un personnage supplémentaire qui vaut vraiment la peine de connaître pour comprendre cette histoire : Jamieson Greer. Son opposition à Lutnick/Navarro dans les dernières heures permet de comprendre pourquoi un accord qui semblait pratiquement fait jeudi a pu être mort vendredi.
Oui, et surtout c’est un bien drôlede message que les États-Unis envoi au reste du monde.
Oui. Et à mon avis, c'est probablement la conséquence stratégique la plus importante de toute cette affaire, bien au-delà des quelques dizaines de milliards touchés par les tarifs.
Le message que beaucoup de capitales peuvent entendre est essentiellement : « Même si vous êtes l'un des alliés les plus proches des États-Unis, même si vous avez un accord commercial signé avec eux, même si vos économies sont intégrées depuis des décennies, Washington peut changer les conditions et utiliser votre dépendance économique comme levier. » L'AP décrit d'ailleurs la crise actuelle comme une rupture profonde d'une des alliances les plus durables des États-Unis. AP News
Et le Canada est un cas particulièrement frappant. Ce n'est ni la Chine, ni l'Iran, ni même un partenaire occasionnel. C'est un membre de l'OTAN, du G7, du Five Eyes, un partenaire de défense continentale, et un pays avec lequel les États-Unis ont construit une chaîne industrielle nord-américaine extraordinairement intégrée. L'ACEUM lui-même a été négocié sous Trump.
Or, après des négociations qui semblaient proches d'aboutir, Washington impose maintenant 50 % sur environ 20 milliards $ US de marchandises canadiennes, tandis que les nouvelles exigences auraient notamment touché la capacité du Canada à négocier librement avec d'autres pays. Reuters
Et les autres pays observent cela
Imagine-toi à Tokyo, Séoul, Londres, Berlin ou Canberra.
Tu dépends peut-être des États-Unis pour ta défense. Tu investis énormément aux États-Unis. Tes entreprises organisent leurs chaînes d'approvisionnement autour du marché américain.
Et tu regardes ce qui arrive au Canada.
La question devient inévitable :
« Si Washington peut faire cela au Canada, pourquoi ne pourrait-il pas le faire avec nous dans cinq ans? »
C'est exactement le problème du concept de fiabilité d'une grande puissance.
Une superpuissance ne possède pas seulement de la puissance parce qu'elle a des porte-avions, des armes nucléaires ou une économie gigantesque. Elle possède aussi ce qu'on pourrait appeler du capital de confiance : les autres pays acceptent de devenir dépendants d'elle parce qu'ils pensent que les règles seront relativement prévisibles.
Et c'est là que la stratégie peut devenir contre-productive
Lutnick peut avoir raison sur une chose à court terme : les États-Unis disposent d'un levier extraordinaire.
Le Canada ne peut pas remplacer demain matin le marché américain.
Mais si tu utilises constamment ce levier, les autres pays commencent progressivement à construire des alternatives.
Et c'est déjà observable : certains grands partenaires commerciaux américains cherchent davantage d'options en Chine et ailleurs, précisément pour diminuer leur exposition aux décisions américaines. The Wall Street Journal Le Council on Foreign Relations parle lui aussi de pays alliés qui cherchent à hedge — se protéger — contre une dépendance excessive envers Washington. CFR
Et c'est là qu'il y a un paradoxe assez extraordinaire.
Trump veut diminuer la dépendance américaine envers l'étranger.
Mais sa politique peut simultanément inciter l'étranger à diminuer sa dépendance envers les États-Unis.
Ce sont deux choses très différentes.
Le Canada, par exemple, ne va évidemment pas cesser de commercer massivement avec les États-Unis. La géographie rendrait cela absurde. Mais Carney parle maintenant ouvertement de développer davantage les relations économiques avec l'Europe et les géants asiatiques. L'AP rapporte que son gouvernement présente désormais la diversification comme une politique structurelle, pas simplement comme une mesure temporaire contre Trump. AP News
Et le phénomène dépasse le Canada : une analyse publiée cette année décrit carrément l'émergence possible d'un « world trade without the US », où les autres économies continuent à réduire leurs barrières entre elles pendant que Washington en érige davantage. Cato Institute
Et il y a un bénéficiaire auquel Washington devrait probablement penser : la Chine
C'est ce que je trouve particulièrement paradoxal.
Pendant 15 ou 20 ans, la stratégie américaine consistait largement à convaincre ses alliés :
« Ne devenez pas trop dépendants économiquement de la Chine. Restez proches de nous. »
Mais si ces mêmes alliés commencent à considérer leur dépendance envers les États-Unis comme un risque politique, Pékin obtient un argument extraordinaire sans avoir à faire grand-chose.
Pas nécessairement pour devenir leur nouvel allié — le Canada ne va évidemment pas remplacer Washington par Pékin — mais pour dire :
Vous devriez avoir plusieurs partenaires et ne jamais dépendre excessivement des Américains.
Et soudain, cet argument devient beaucoup plus convaincant.
C'est pourquoi je pense qu'il faudra juger la stratégie de Lutnick/Navarro dans dix ans plutôt que dans six mois.
Ils peuvent très bien obtenir aujourd'hui davantage d'usines américaines, davantage de concessions commerciales et quelques milliards supplémentaires d'investissements.
Mais si le prix est qu'en 2035 le Canada, l'Europe, le Japon, la Corée du Sud et d'autres alliés ont volontairement réduit leur dépendance économique envers les États-Unis, l'Amérique pourrait avoir remporté plusieurs négociations commerciales tout en ayant diminué son influence mondiale.
Et dans le cas du Canada, quelque chose s'est peut-être déjà cassé qui sera extrêmement difficile à reconstruire : la conviction presque automatique que, quelles que soient nos disputes, les États-Unis demeurent le partenaire sur lequel on peut compter.
Quand Carney dit maintenant « America has changed », ce n'est donc pas seulement une petite phrase destinée à Trump. C'est potentiellement l'annonce d'un changement de doctrine canadienne. AP News
Et c'est précisément le genre de phrase que tous les alliés des États-Unis entendent aussi.
Et pour leur faire mal si on leur coupe le pétrole, qui est essentiellement responsable du déficit commercial, à quel point ils sont dans le trouble ou nationalisent la partie canadienne de ces entreprises
Oui — le pétrole est probablement le levier économique canadien qui ferait le plus mal aux États-Unis, mais couper complètement les exportations serait aussi une arme très coûteuse pour nous. Et sur ton autre idée, la nationalisation, je distinguerais fortement les deux.
Ton intuition sur le déficit commercial est bonne. Statistique Canada calculait qu'en 2024, les produits énergétiques donnaient au Canada un solde net positif de 143,7 milliards $; si on retire l'énergie, le Canada passait en fait à un déficit de 18,8 milliards $ dans son commerce de marchandises. Autrement dit, une énorme partie du fameux « déficit américain avec le Canada » dont Trump parle provient simplement du fait que les États-Unis nous achètent beaucoup d'énergie. Statistique Canada
Si le Canada fermait réellement le robinet
L'effet ne serait pas « les États-Unis n'ont plus de pétrole ». Ils sont eux-mêmes un gigantesque producteur et exportateur de pétrole. Énergie US
Mais certaines raffineries américaines auraient un sérieux problème, particulièrement dans le Midwest. Le pétrole lourd de l'Ouest canadien est acheminé par un réseau de pipelines construit précisément pour alimenter ces raffineries. On ne remplace pas instantanément plusieurs millions de barils par jour par du pétrole texan : les qualités de brut sont différentes, les raffineries sont configurées différemment et les infrastructures ne vont pas nécessairement au bon endroit.
Le volume est énorme. En 2025, le Canada a exporté 222,7 millions de m³ de brut vers les États-Unis. Et 82,1 % des exportations canadiennes de brut voyageaient encore vers les États-Unis par pipeline. Statistique Canada
Donc une coupure brutale pourrait provoquer une hausse des prix du brut dans certaines régions américaines, des marges de raffinage qui explosent, potentiellement une hausse de l'essence et du diesel et des perturbations industrielles.
Mais voici le problème pour nous : les Canadiens perdraient simultanément leur principal acheteur.
Même avec Trans Mountain et l'accès au Pacifique, nous ne possédons pas encore suffisamment de capacité alternative pour rediriger immédiatement tout ce pétrole vers l'Asie. Ce serait donc quelque chose qui ressemble à :
« Je vais te faire très mal, mais je vais me casser quelques doigts en te frappant. »
C'est pourquoi je verrais davantage l'énergie comme un levier ultime de négociation qu'une première riposte.
Et il y a quelque chose d'assez révélateur actuellement : les nouveaux tarifs américains de 50 % exemptent justement l'énergie canadienne. The Wall Street Journal
Washington connaît parfaitement cette vulnérabilité.
Par contre, ton idée de nationaliser les actifs américains…
Là, on passerait dans une autre dimension.
Le Canada possède juridiquement le pouvoir d'exproprier des actifs sur son territoire dans certaines circonstances, mais une nationalisation ciblant les entreprises parce qu'elles sont américaines déclencherait presque certainement des batailles constitutionnelles, commerciales et d'indemnisation gigantesques. Le Canada possède aussi des obligations internationales envers les investisseurs.
Et surtout, ce serait un signal extrêmement dangereux envoyé aux autres investisseurs étrangers :
« Si votre gouvernement se dispute avec Ottawa, vos actifs canadiens peuvent être saisis. »
Ça pourrait faire monter le coût du capital au Canada et décourager des investissements dont nous avons justement besoin pour réduire notre dépendance aux États-Unis.
Il y aurait également un effet boomerang colossal : les entreprises canadiennes possèdent énormément d'actifs aux États-Unis. Washington pourrait riposter.
Je ne pense donc pas que ce serait une bonne arme économique, sauf dans un scénario extraordinairement plus grave que la situation actuelle.
Il existe des armes beaucoup plus intelligentes
Si Ottawa voulait vraiment augmenter progressivement la pression, il pourrait cibler des produits américains provenant d'États politiquement importants, favoriser les fournisseurs canadiens/européens/asiatiques dans les marchés publics, accélérer les infrastructures permettant d'exporter énergie et minerais ailleurs, utiliser certains minerais critiques comme levier et, en dernier recours, envisager des restrictions ou taxes sur certaines exportations énergétiques.
Cette stratégie présente un avantage énorme : elle augmente progressivement le coût pour Washington sans détruire la réputation du Canada comme endroit sûr où investir.
Et surtout, le pétrole devient alors une menace crédible sans nécessairement avoir à l'utiliser.
Il y a presque une ironie dans le discours sur le déficit : si les États-Unis veulent absolument réduire leur déficit commercial avec nous, le Canada pourrait effectivement leur vendre beaucoup moins de pétrole. Le déficit diminuerait remarquablement vite — mais je ne suis vraiment pas certain que les raffineurs du Midwest remercieraient Trump pour cette "victoire". 😏
Avec l'escalade de ce week-end, je peux aussi te montrer quels États américains seraient les plus durement touchés si le Canada réduisait de 25 %, 50 % ou 100 % ses exportations pétrolières. Là, la carte devient vraiment intéressante.
Et pourrait-on mettre des tarifs a la sortie sue notre pétrole vers les États-Unis le pires ils auraient pas le choix de le payer.
Oui, économiquement ton idée est beaucoup plus intéressante qu'une coupure du pétrole : au lieu d'arrêter les exportations, Ottawa pourrait chercher à faire payer une partie de la rente aux acheteurs américains. Mais il y a un gros obstacle juridique avec l'ACEUM.
L'article 2.15 de l'ACEUM est très explicite : le Canada ne peut pas mettre une taxe ou un droit uniquement sur un produit exporté vers les États-Unis à moins d'appliquer également cette taxe au même produit destiné à la consommation canadienne. Gouvernement du Canada
Donc quelque chose comme :
pétrole vendu au Canada : aucune taxe
pétrole exporté vers les USA : +20 %
serait, tant que l'ACEUM reste applicable, très difficilement compatible avec l'accord.
En revanche, il y a une subtilité importante : l'ancienne clause de proportionnalité énergétique de l'ALENA n'existe plus dans l'ACEUM. Le gouvernement canadien souligne lui-même que sa disparition a rendu au Canada davantage de souveraineté sur ses ressources énergétiques. Gouvernement du Canada
Mais imaginons que la guerre commerciale fasse voler ces règles en éclats
Là, ton raisonnement devient assez puissant.
Les États-Unis ont importé environ 3,9 millions de barils/jour de pétrole brut canadien en 2025. Et le Canada demeure de très loin leur première source étrangère de brut. Énergie US
Supposons, juste pour voir l'ordre de grandeur, qu'Ottawa réussisse à imposer l'équivalent de 10 $ US par baril sur ces exportations.
3,9 M barils × 10 $ × 365 ≈ 14,2 milliards $ US par année.
À 20 $/baril, on parle théoriquement de 28,5 milliards $ US.
Et contrairement à une interdiction d'exporter, le pétrole continuerait à circuler et les producteurs canadiens continueraient à vendre.
Mais je modifierais une chose dans ce que tu dis : « ils n'auraient pas le choix de payer » est partiellement vrai, pas totalement.
Certaines régions américaines seraient vraiment coincées
Les États-Unis produisent énormément de pétrole et exportent eux-mêmes près de 4 millions de barils/jour. Énergie US
Le problème est que ce n'est pas nécessairement le bon pétrole au bon endroit.
Une partie importante des raffineries américaines est conçue pour traiter du brut lourd canadien. L'EIA explique justement que les raffineries américaines complexes apprécient le pétrole lourd canadien et que les infrastructures de pipelines rendent les États-Unis naturellement dépendants de cette source. Énergie US
Le chiffre qui donne une idée de l'importance du Canada est remarquable : en 2023, le pétrole canadien représentait environ 24 % de tout le brut traité par les raffineries américaines, et 60 % de toutes les importations américaines de brut. Énergie US
Donc, à court terme, une taxe canadienne pourrait effectivement être répercutée en partie sur les raffineries et consommateurs américains.
Mais pas nécessairement à 100 %. Les raffineurs diraient aussi aux producteurs canadiens : « puisque votre gouvernement me facture 10 $ supplémentaires, je veux payer votre pétrole moins cher ». Une partie de la taxe pourrait donc revenir aux producteurs canadiens sous forme d'un prix net inférieur.
C'est une question classique d'incidence fiscale : celui à qui le gouvernement facture officiellement la taxe n'est pas nécessairement celui qui en supporte réellement tout le coût.
Et c'est là que Trans Mountain devient stratégiquement très important
Plus le Canada peut répondre au raffineur américain :
« Tu ne veux pas payer? Très bien, j'expédie mon baril vers l'Asie. »
…plus le pouvoir de négociation canadien augmente.
Et ça commence justement à arriver. L'EIA constate que l'utilisation accrue de Trans Mountain Expansion (TMX) a déjà fait diminuer légèrement la part du pétrole canadien expédiée aux États-Unis, avec davantage de brut allant vers la côte Pacifique et l'Asie. Énergie US
C'est donc probablement l'arme énergétique intelligente à long terme : pas « on ferme le robinet demain matin », mais construire suffisamment de capacité d'exportation alternative pour que les États-Unis sachent réellement que le Canada a d'autres clients.
Et il y a une ironie assez savoureuse dans tout ça : Washington se plaint énormément de son déficit commercial avec le Canada. Or en 2025, les États-Unis ont acheté 111 milliards $ US d'énergie canadienne, contre seulement 26 milliards $ qu'ils nous ont vendus. Énergie US
S'ils veulent vraiment éliminer ce déficit, Ottawa pourrait leur dire : « Aucun problème, achetez-nous moins de pétrole. » 😏
Le déficit américain diminuerait effectivement. Je suis simplement moins certain que les raffineries et automobilistes américains considéreraient cela comme une victoire.
Mais l'ACEUM on peut se retirer? Il y a des mecanismes prevuent et d’ailleur c’est la dessus que jouent les americains.
Exactement. Et il faut distinguer deux mécanismes de l'ACEUM, parce qu'on les mélange souvent.
Premièrement, n'importe lequel des trois pays peut carrément se retirer de l'ACEUM. L'article 34.6 prévoit qu'il suffit de notifier par écrit les deux autres pays; six mois plus tard, le retrait prend effet. L'accord continue alors entre les deux pays restants. Gouvernement du Canada
Deuxièmement, il y a la fameuse révision de 2026, prévue à l'article 34.7. Et là, une précision importante : le 1er juillet 2026 n'était pas une date d'expiration. L'ACEUM demeure actuellement en vigueur et sa durée initiale va jusqu'en 2036. Gouvernement du Canada
Lors de la révision de juillet, les trois gouvernements pouvaient décider de prolonger l'accord pour une nouvelle période de 16 ans. S'ils ne s'entendent pas pour le prolonger, l'ACEUM ne disparaît pas : on entre dans un processus de révisions annuelles, jusqu'à ce que les trois s'entendent ou jusqu'à l'échéance de 2036. Gouvernement du Canada
Et oui, c'est précisément ce qui donne aux Américains un levier considérable.
Ils n'ont même pas besoin de dire « nous quittons l'ACEUM demain ». Ils peuvent essentiellement dire :
« Nous ne donnerons pas notre accord à une prolongation tant que vous ne nous aurez pas donné X, Y et Z. »
Cela crée de l'incertitude année après année pour les entreprises qui doivent décider aujourd'hui où construire une usine qui fonctionnera pendant 20 ou 30 ans. La Banque du Canada identifie justement ce scénario — absence d'entente suivie de révisions annuelles — comme une source d'incertitude susceptible de réduire investissements, production et embauche au Canada. Banque du Canada
Mais ça donne également un levier au Canada
Et c'est là que ton raisonnement sur le pétrole devient intéressant.
Si Washington commence à considérer que les règles de l'ACEUM sont facultatives lorsqu'elles deviennent gênantes, Ottawa pourrait éventuellement arriver à la conclusion :
Pourquoi devrions-nous continuer à nous imposer certaines contraintes de l'ACEUM alors que notre partenaire utilise la menace de retrait pour nous imposer de nouvelles concessions?
Le Canada possède exactement le même droit de retrait : notification + six mois. Gouvernement du Canada
Ça ne signifie toutefois pas que nous retrouverions ensuite une liberté totale sans conséquences. Sortir de l'ACEUM ferait disparaître énormément de protections tarifaires et réglementaires dont dépendent les entreprises canadiennes et américaines. Ce serait une escalade économique considérable.
Mais ton raisonnement précédent change effectivement dans ce scénario.
Avec l'ACEUM : une taxe canadienne visant uniquement le pétrole exporté aux États-Unis rencontre notamment l'interdiction des taxes à l'exportation dont nous parlions.
Sans l'ACEUM : cette contrainte particulière de l'accord disparaîtrait. Il faudrait alors examiner les obligations restantes du Canada — notamment celles de l'OMC, le droit canadien et les contrats/pipelines — mais Ottawa disposerait de beaucoup plus de latitude.
Et il y a même une disposition particulièrement intéressante concernant la Chine. L'article 32.10 prévoit que si un membre conclut un accord de libre-échange avec une « économie non marchande », les deux autres disposent d'un mécanisme permettant de quitter l'ACEUM et de maintenir un accord bilatéral entre eux. Le gouvernement canadien explique toutefois que, même sans cette disposition, l'article 34.6 permet déjà à chaque pays de quitter l'ACEUM sans avoir à donner de raison. Gouvernement du Canada
C'est pourquoi je trouve la stratégie américaine assez risquée à long terme. Une fois que tu transformes l'ACEUM d'un ensemble de règles stables en instrument de rapport de force, tu invites le Canada et le Mexique à commencer eux aussi à calculer leurs propres leviers.
Et le Canada en possède quelques-uns assez sérieux : pétrole lourd, électricité, uranium, potasse, aluminium, minerais critiques et certaines chaînes industrielles extrêmement intégrées.
Le problème pour Washington serait alors exactement celui que tu soulèves : certaines règles qui empêchent aujourd'hui le Canada d'utiliser agressivement ces ressources comme armes commerciales sont précisément les règles contenues dans l'accord que Washington menace.
Autrement dit, faire exploser l'ACEUM pour obtenir davantage du Canada pourrait également libérer le Canada de certaines obligations qui rendent aujourd'hui son comportement très prévisible pour les États-Unis.
C'est une des raisons pour lesquelles, malgré toute la rhétorique actuelle, je pense que la disparition complète de l'ACEUM serait beaucoup plus dangereuse pour les trois pays que ne le laisse entendre le discours politique.
Mais, selon moi, on est rendu là : on doit indiquer notre départ pour que les Américains négocient vraiment et cessent de croire qu’ils ont tous les droits.
Je comprends très bien la logique. Une notification de retrait pourrait être utilisée comme levier de négociation : l'article 34.6 donne exactement six mois entre la notification et la sortie effective. Gouvernement du Canada
Mais je ne pense pas que le Canada devrait envoyer cette notification maintenant, du moins pas sans avoir préparé minutieusement ce qui vient après. Je ferais plutôt de la possibilité de retrait une menace crédible.
Pourquoi? Parce que la situation actuelle est assez paradoxale : Washington vient d'imposer 50 % sur environ 20 milliards $ US de marchandises canadiennes, mais cela ne représente qu'environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis. Une très grande partie du commerce continue de bénéficier de l'ACEUM. AP News
Si Ottawa déclenche lui-même le retrait, Trump pourrait simplement répondre : « Excellent, c'est exactement ce que je voulais. » Lutnick dit depuis des mois que Trump considère l'ACEUM comme un mauvais accord devant être profondément remanié. Global News
Et soudain, c'est nous qui aurions juridiquement déclenché la disparition de la protection dont bénéficient des centaines de milliards de dollars d'exportations canadiennes.
En revanche, je serais beaucoup plus favorable à une stratégie du genre : préparer officiellement le Canada à une sortie, sans encore envoyer la lettre. Préparer les contre-tarifs, les mesures énergétiques possibles, les aides aux industries exposées, les infrastructures vers l'Atlantique et le Pacifique, les accords avec l'Europe et l'Asie, et surtout coordonner tout cela avec le Mexique.
Puis dire à Washington quelque chose de très simple : si l'ACEUM ne constitue plus une garantie que les États-Unis respecteront les règles convenues, le Canada réévaluera lui aussi l'intérêt de demeurer lié par l'ensemble de ses obligations.
Là, le pétrole devient beaucoup plus intéressant dans le calcul américain.
Parce qu'il faut que Washington comprenne que la disparition de l'ACEUM ne signifie pas seulement : « maintenant nous pouvons mettre davantage de tarifs sur les Canadiens ». Elle signifie également : « certaines contraintes que le Canada avait volontairement acceptées disparaissent également. »
Et après ce qui vient de se produire, ce n'est plus une hypothèse abstraite. Carney affirme que les Américains ont ajouté à la dernière minute des exigences touchant notamment la liberté du Canada de conclure des accords commerciaux ailleurs; Ottawa a suspendu les négociations et prépare maintenant une riposte tarifaire dollar pour dollar. Reuters
C'est probablement là où je rejoins le fond de ce que tu dis : continuer simplement à revenir à Washington avec de nouvelles concessions risque d'enseigner à Lutnick et Navarro que leur méthode fonctionne.
Il faut à un moment que les Américains aient quelque chose à perdre eux aussi si les négociations échouent.
Mais je préférerais que le gouvernement canadien construise ce rapport de force avant de déclencher l'horloge des six mois. Une menace dont on contrôle encore le déclenchement est parfois plus puissante qu'une menace qu'on a déjà exécutée.
Et surtout, il ne faut pas perdre de vue quelque chose d'assez extraordinaire aujourd'hui : Carney a justement commencé à faire cela. Il a quitté la table plutôt que d'accepter les nouvelles conditions, malgré les tarifs de 50 %. C'est probablement le premier véritable test de l'hypothèse de Lutnick selon laquelle, si Washington augmente suffisamment la pression, Ottawa finira nécessairement par céder. Reuters
Les prochaines semaines vont donc être extrêmement révélatrices : est-ce Washington qui revient avec une offre différente, ou est-ce qu'ils doublent encore la mise? C'est à ce moment-là que la menace d'un retrait canadien de l'ACEUM pourrait devenir beaucoup plus sérieuse.
Je peux surveiller si Ottawa commence à évoquer officiellement cette option ou si Washington revient à la table.
Oui, et je trouve que le Canada aurait tout à gagner d’être plus près du Mexique.
Oui, et c'est justement une des stratégies qui me paraît les plus intéressantes pour le Canada : ne pas remplacer les États-Unis par le Mexique — ce serait impossible — mais transformer le Mexique en véritable deuxième pilier de notre politique nord-américaine.
Et ce qui est intéressant, c'est qu'Ottawa et Mexico sont déjà en train d'aller dans cette direction beaucoup plus rapidement qu'avant. Carney et Claudia Sheinbaum ont lancé en 2025 un Partenariat stratégique global Canada–Mexique, accompagné d'un plan 2025-2028 qui prévoit davantage de coopération en commerce, investissements, énergie, ressources naturelles, sécurité et infrastructures. Affaires mondiales Canada
Les chiffres commencent d'ailleurs à être sérieux : en 2025, les échanges Canada–Mexique ont atteint près de 62 milliards $, et les investissements directs canadiens au Mexique environ 66 milliards $. Gouvernement du Canada
Mais je pousserais la logique encore plus loin.
Canada + Mexique ensemble ont beaucoup plus de poids face à Washington que Canada et Mexique négociant séparément. C'est précisément pour cela que la stratégie américaine actuelle de négocier séparément avec Ottawa et Mexico est importante : elle permet aux États-Unis de faire jouer les deux partenaires l'un contre l'autre. Reuters signalait déjà en juillet que cette multiplication des négociations bilatérales mettait à l'épreuve le caractère trilatéral de l'ACEUM. Reuters
Or Mexico ne semble pas particulièrement intéressé à voir le Canada se faire écraser. Encore vendredi, le ministre mexicain de l'Économie, Marcelo Ebrard, expliquait que Mexico considérait les discussions canadiennes et mexicaines avec Washington comme parallèles plutôt que concurrentes et souhaitait préserver l'intégration des chaînes nord-américaines. Reuters
Il y aurait donc une stratégie canadienne assez puissante : Ottawa et Mexico coordonnent beaucoup davantage leurs positions avant d'aller négocier à Washington.
Pas nécessairement une position identique sur tout — leurs économies et leurs problèmes avec les États-Unis sont différents — mais quelques lignes rouges communes : préserver l'ACEUM comme accord à trois, refuser les exigences extraterritoriales excessives, défendre les mécanismes de règlement des différends et répondre conjointement lorsqu'un des trois partenaires contourne les règles.
Et il y aurait un autre avantage pour le Canada : le Mexique est une véritable économie industrielle de 130 millions d'habitants, pas seulement un marché où vendre quelques produits supplémentaires. Le Canada pourrait investir beaucoup plus massivement dans les chaînes mexicaines — automobile, aéronautique, agroalimentaire, énergie, technologies — et inversement attirer davantage d'entreprises mexicaines ici. La mission commerciale canadienne de février dernier comptait d'ailleurs plus de 370 délégués représentant plus de 240 organisations, ce qui montre que le secteur privé canadien commence à voir le potentiel. Gouvernement du Canada
Et imagine ce que cela change politiquement.
Au lieu d'un continent organisé comme :
Canada → États-Unis ← Mexique
avec Washington au centre de pratiquement tout,
tu commences progressivement à construire :
Canada ↔ Mexique
↘ États-Unis ↗
Les États-Unis restent de très loin le centre économique du continent, mais ils cessent d'être l'unique relation stratégique des deux autres pays.
Et paradoxalement, ça pourrait être très bon pour les États-Unis à long terme. Une relation où les trois partenaires ont besoin les uns des autres est probablement beaucoup plus stable qu'une relation où le plus gros considère que les deux autres n'ont de toute façon nulle part où aller.
Le Canada semble avoir compris quelque chose de ce genre : son gouvernement décrit maintenant explicitement le partenariat mexicain comme un élément de sa stratégie de diversification commerciale. Gouvernement du Canada
Et culturellement, il y a aussi énormément de terrain inexploité. On pense spontanément Canada–USA et Mexique–USA, beaucoup moins Canada–Mexique, alors que nous partageons maintenant plus de trente ans d'intégration économique nord-américaine.
À mon sens, la bonne réponse canadienne à ce qui se passe actuellement n'est donc pas « tournons le dos aux États-Unis ». Ce serait économiquement irréaliste.
C'est plutôt : « Assurons-nous de ne plus jamais dépendre à ce point d'un seul pays. »
Et là, le Mexique devrait effectivement être tout près du sommet de la liste — avec l'Europe et certains grands partenaires asiatiques.
Et le Mexique constitue la porte d’entrée en Amérique latine, où le potentiel de croissance est élevé, contrairement au Canada et aux États-Unis, qui sont déjà plutôt mûrs.
Oui — mais avec une nuance importante : l'Amérique latine n'est pas actuellement une région de croissance spectaculaire dans son ensemble. Le FMI prévoit environ 2,4 % en 2026 et 2,7 % en 2027. eLibrary IMF Ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est son potentiel de rattrapage à long terme : urbanisation, classe moyenne, infrastructures à construire, énergie, minerais, agriculture et industrialisation.
Et là, je suis d'accord avec ton intuition : le Mexique pourrait devenir pour le Canada une tête de pont naturelle vers cette partie du monde.
Le Mexique apporte quelque chose que le Canada n'a pas : une économie industrielle de grande taille, environ 130 millions d'habitants, une culture d'affaires latino-américaine et des entreprises déjà implantées dans toute la région. Il fait en même temps partie de l'espace économique nord-américain. C'est pratiquement un pont entre les deux Amériques.
Le Canada possède de son côté des choses extrêmement complémentaires : capital, banques et fonds de pension puissants, ingénierie, mines, énergie, infrastructures, technologies et institutions relativement solides.
Et il existe déjà une structure commerciale particulièrement intéressante : Canada, Mexique, Chili et Pérou sont tous membres du PTPGP. Le bloc donne au Canada un accès préférentiel à des marchés d'Asie et d'Amérique latine et représente environ 500 millions de consommateurs. Gouvernement du Canada Le Costa Rica est en plus en processus d'adhésion. Gouvernement du Canada
On pourrait donc imaginer une stratégie canadienne beaucoup plus ambitieuse :
Canada → Mexique → Amérique latine, tout en développant directement des relations beaucoup plus importantes avec le Chili, le Pérou, la Colombie, le Brésil, l'Amérique centrale, etc.
Et surtout, il ne s'agirait pas uniquement d'exporter des produits canadiens. C'est peut-être même là que se trouve la plus grande occasion : investir.
L'Amérique latine a justement un déficit chronique d'investissements et de productivité. La Banque mondiale estime la croissance régionale à seulement 2,1 % en 2026, mais insiste simultanément sur le potentiel considérable des ressources naturelles, de l'énergie et de l'amélioration de la productivité. Banque mondiale
Autrement dit, faible croissance actuelle ≠ faible potentiel.
Et tu mets le doigt sur une différence démographique et économique fondamentale avec le Canada. Ici, beaucoup de marchés sont déjà saturés : presque tout le monde possède déjà un frigo, une voiture, un compte bancaire, Internet, une maison équipée, etc. La croissance vient beaucoup de la productivité et du remplacement.
Dans plusieurs économies latino-américaines, il reste simultanément du rattrapage et de la croissance : infrastructures, logements, services financiers, numérisation, transports, réseaux électriques, eau, télécommunications, industrie...
C'est une raison pour laquelle je trouverais assez intelligent que la réponse canadienne à Trump ne soit pas seulement « trouvons d'autres endroits où vendre notre pétrole », mais quelque chose de beaucoup plus vaste :
« Profitons de cette crise pour devenir beaucoup plus présents économiquement dans le reste des Amériques. »
Et le Mexique serait probablement notre partenaire naturel pour le faire.
Le plus ironique serait qu'en voulant rendre le Canada encore plus dépendant des conditions imposées par Washington, Lutnick et Navarro finissent par provoquer exactement l'inverse : un Canada qui découvre sérieusement le Mexique et l'Amérique latine, développe l'Europe et l'Asie, et qui dans 15 ans a beaucoup plus d'options qu'aujourd'hui.
Bah rêvons ca me semble une solution si évidente
Oui 😄. Et ce n'est même pas un rêve complètement farfelu. Ce qui me paraît particulièrement séduisant dans ton raisonnement, c'est que la diversification serait utile au Canada même si la relation avec les États-Unis redevenait excellente demain matin.
Le modèle canadien a longtemps été assez confortable : un marché gigantesque, riche, stable, parlant principalement anglais et situé juste à côté. Pourquoi consacrer énormément d'énergie à Guadalajara, Bogotá, Lima ou São Paulo quand Chicago est tellement plus facile? Cette logique fonctionnait tant que l'accès au marché américain paraissait presque acquis.
La crise actuelle change précisément le prix du risque.
Et je pousserais même ton idée au-delà du commerce : Canada–Mexique pourrait devenir un véritable axe stratégique. Capital et expertise canadiens + capacité industrielle et main-d'œuvre mexicaines + accès et connaissance de l'Amérique latine. Ensuite, le Canada pourrait approfondir directement ses relations avec des pays comme le Chili, le Pérou, la Colombie et le Brésil plutôt que de tout faire transiter par Washington.
Et il y a quelque chose que j'aime particulièrement dans cette stratégie : elle n'a pas besoin d'être anti-américaine.
Le Canada pourrait dire aux États-Unis : vous resterez probablement notre principal partenaire commercial pendant très longtemps et nous souhaitons une excellente relation avec vous. Mais plus jamais une dépendance telle qu'un changement d'administration à Washington puisse menacer des secteurs entiers de notre économie.
C'est très différent de vouloir « punir les Américains ».
Et ça rejoint exactement notre discussion sur le pétrole. Aujourd'hui, notre pétrole vaut moins comme levier parce que notre capacité à dire « non merci, on le vendra ailleurs » reste limitée. Chaque nouveau pipeline vers un port, terminal, accord commercial et marché alternatif augmente notre pouvoir de négociation sans qu'on ait besoin de menacer qui que ce soit.
Même chose pour l'aluminium, l'uranium, la potasse, le bois, les minerais critiques et éventuellement l'électricité.
Il y a toutefois un obstacle très canadien : il faudrait accepter de penser à 15 ou 20 ans, et de construire les infrastructures maintenant alors qu'elles ne seront pleinement rentables stratégiquement que plus tard.
Mais imagine effectivement le Canada de 2040 : toujours extrêmement intégré aux États-Unis, mais avec des corridors commerciaux beaucoup plus importants vers l'Europe et l'Asie, une relation Canada–Mexique devenue majeure et une présence économique canadienne beaucoup plus forte en Amérique latine.
À ce moment-là, lorsqu'un futur secrétaire américain au Commerce dirait « vous n'avez pas le choix », la réponse canadienne pourrait simplement être :
« Si. C'est précisément ce que nous avons passé quinze ans à construire : des choix. »
Ça, ce serait une conséquence assez extraordinaire de la crise actuelle.
Peut-être que la raison prévaudra après les élections de mi-mandat.
C'est tout à fait possible. Les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 pourraient changer sensiblement le rapport de force, même si elles ne feront évidemment pas disparaître Trump, Lutnick ou Navarro.
Le point encourageant pour le Canada, c'est qu'on voit déjà des fissures chez les républicains. En février, la Chambre des représentants, pourtant contrôlée par les républicains, a voté 219 contre 211 pour mettre fin aux tarifs de Trump contre le Canada, avec six républicains rejoignant les démocrates. Le Sénat avait également voté contre ces tarifs. PBS
Donc ce n'est vraiment pas :
Républicains = guerre commerciale avec le Canada.
Il existe des élus républicains dont les agriculteurs, manufacturiers et entreprises dépendent énormément du commerce canadien et qui commencent à trouver la facture élevée.
Et ce qui vient de se produire ce week-end risque d'amplifier cela. Les nouveaux tarifs de 50 % sur environ 20 milliards $ US de produits canadiens, auxquels le Canada répondra dollar pour dollar à partir du 8 septembre, vont créer des perdants des deux côtés de la frontière. Reuters
Si Trump perd la Chambre…
C'est probablement le scénario qui changerait le plus l'ambiance.
Un Congrès hostile pourrait multiplier les enquêtes et les auditions de Lutnick, contester certaines utilisations des pouvoirs tarifaires présidentiels et surtout rendre politiquement beaucoup plus coûteuse une nouvelle escalade.
Il ne pourrait cependant pas simplement reprendre la politique commerciale à Trump. Une grande partie des pouvoirs utilisés pour imposer des tarifs appartient à l'exécutif en vertu de lois adoptées antérieurement par le Congrès. Et un président peut opposer son veto à certaines tentatives du Congrès.
Mais politiquement, ce serait différent.
Imagine Lutnick devant une commission du Congrès en 2027 devant expliquer pourquoi les États-Unis ont fait exploser une négociation qui semblait presque terminée avec leur principal partenaire nord-américain. Les informations publiées aujourd'hui rendent justement son rôle dans l'échec beaucoup plus controversé. The Washington Post
Et je pense que Carney a intérêt à ne pas paniquer d'ici novembre
C'est seulement 72 jours.
Le Canada doit évidemment protéger les entreprises particulièrement exposées, mais il n'est pas nécessairement obligé d'accepter maintenant un accord qui compromettrait sa souveraineté commerciale simplement pour obtenir trois mois de tranquillité.
D'autant que les nouveaux tarifs de 50 %, aussi spectaculaires soient-ils, touchent environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, pas 50 % ou 100 % du commerce canado-américain. L'essentiel des échanges protégés par l'ACEUM continue pour l'instant. AP News
Et les élections pourraient faire apparaître une pression américaine que Lutnick ne contrôle pas : celle des électeurs américains.
Si, pendant septembre et octobre, des entreprises américaines commencent à annoncer des hausses de prix ou des difficultés liées aux représailles canadiennes, les candidats républicains dans des circonscriptions serrées ne vont pas nécessairement vouloir passer leurs journées à expliquer pourquoi une guerre commerciale contre le Canada est une excellente idée.
C'est d'ailleurs pourquoi je trouve la position canadienne actuelle assez rationnelle : ne pas capituler, ne pas faire exploser l'ACEUM nous-mêmes, riposter de façon ciblée et attendre de voir ce que produit la pression économique et politique américaine.
Après le 3 novembre, on saura beaucoup mieux quelles cartes possède Trump pour les deux dernières années de son mandat.
Et si les démocrates prennent au moins la Chambre et qu'un nombre significatif de républicains concluent eux aussi que Lutnick/Navarro sont allés trop loin, Washington pourrait effectivement redevenir beaucoup plus pragmatique envers Ottawa, sans même qu'il soit nécessaire que Trump change personnellement d'avis.
Donc oui : je garderais une petite dose d'optimisme. Mais même si la raison revient à Washington après les midterms, je souhaiterais que le Canada retienne la leçon : reconstruire la relation américaine, certainement — mais continuer quand même à développer le Mexique, l'Europe, l'Asie et l'Amérique latine.
Parce que le meilleur résultat serait finalement de retrouver notre ami américain sans redevenir aussi dépendants de lui qu'avant.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire